Pourquoi faire du vélo sans casque et au milieu de la route peut vous sauver la vie

A vélo, le port du casque est un gage de sécurité. Et c’est vrai que, durant une ballade en forêt par exemple, il semble logique de penser que le port du casque vous protègera en cas de chute et peut même vous sauver la vie. C’est probablement pour ça que souvent on entend des dirigeants locaux, probablement bien intentionnés, pousser au port du casque.

Si l’effet direct de protection du casque (qui est en réalité loin d’être prouvé) est le même en ville qu’en forêt, une différence majeure s’impose. Dans la nature les adversaires principaux à un trajet sûr s’appellent sentier, racine ou joli petit écureuil. En ville, ils s’appellent plutôt voiture ou camion. Et c’est là qu’intervient ce qu’on appelle l’effet comportemental.

Un dangereux écureuil, crédit photo likeaduck sur flickr

Nos amis les automobilistes sont souvent pressés et fatigués par de longues heures d’embouteillages, l’absence d’activité physique et peut être par la culpabilité de polluer l’environnement. C’est pourquoi, bien souvent, ils sont particulièrement énervés à l’idée de croiser un cycliste svelte, rapide et sûr de son bon droit. Cela se traduit souvent en agressivité et coups de klaxon intempestifs, mais aussi malheureusement en dépassements dangereux.

Et c’est précisément là que le casque de vélo entre en scène. Un automobiliste sera beaucoup plus enclin à dépasser dangereusement un cycliste qu’il estime “sûr”, c’est à dire une personne qui a peur des voitures, et qui est bien protégée en cas de choc. De la même manière que la technique la plus efficace pour se faire mordre par un chien méchant est de lui montrer sa peur, le moyen le plus sûr de se faire renverser par une voiture pourrait bien être de se tenir sur le côté de la route avec un casque.

Une étude célèbre du Professeur Walker de l’université de Bath, au Royaume Uni, a permis de quantifier cet effet de manière scientifique. Les résultats en sont fascinants. Le graphique ci-dessous représente le niveau moyen de proximité entre la voiture dépassant le cycliste et celui-ci, comparé à la distance entre le cycliste et le trottoir. On observe que plus le cycliste roule au milieu de la route plus l’automobiliste lui laisse de place en dépassant. De plus, la distance est presque toujours plus grande pour le cycliste ne disposant pas de casque. Mieux, quand le cycliste a l’air plus “féminin” (dans le cadre de l’expérience, le Professeur Walker portait une cape lui donnant l’allure d’une dame), les automobilistes sont également plus prudents.

Illustration, Walker (2006)

Quand on sait que, toujours d’après Walker, plus de 13% des accidents subis par des cyclistes proviennent spécifiquement d’un dépassement, voilà qui laissera perplexe le plus prudent des amis du guidon.

Est-ce dire pour autant que nous ne recommandons pas le port du casque ? Bien sur que non, il faut comparer ce risque au bénéfice. Cela en dit par contre énormément sur le besoin de consacrer l’énergie publique à offrir une vraie protection aux cyclistes, par exemple en limitant la vitesse sur les routes en l’absence de piste cyclable séparée du traffic, plutôt que de tenter de promulguer des lois idiotes obligeant au port du casque, sachant que la principale conséquence de ce type de loi est de diminuer le nombre de cyclistes et par là même leur sécurité.

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