Portraits d’élites déconnectées et sans scrupule: Nigel Farage

 

Sa tête vous dit certainement quelque chose. Un britannique jovial toujours heureux de boire une pinte de bière avec ses compatriotes. Toujours le mot pour rire au parlement européen, on le voit souvent de longues heures à la buvette passer la fin de matinée en compagnie du président de la commission Jean Claude Junker.

Nigel Farage est probablement le stéréotype du membre de l’élite européenne. Après avoir étudié dans une école privée, il a commencé sa carrière comme trader à la City de Londres, spéculant sur le marché des métaux pour d’obscurs fonds d’investissement. Il est à l’époque membre du parti conservateur britannique.

Incapable de trouver sa place au parti conservateur, il décide de fonder son propre parti politique, le “UK Independence Party” (UKIP). Depuis 1994, il a tenté à sept reprises de se faire élire dans son pays, le Royaume Uni, sans jamais y réussir. A sept reprises, usant de petits arrangements entre amis pour être dans la circonscription la plus favorable, il s’est présenté face au peuple. A sept reprises, le peuple lui a dit non.

Crédit photo: Spanish Coches sur flickr
Crédit photo: Spanish Coches sur flickr

Que fait un membre de l’élite quand le peuple se refuse à lui ? Il change le peuple, ou le fait revoter. C’est exactement ce qu’a fait Nigel Farage, en se présentant au parlement européen plutôt qu’au parlement britannique. L’avantage ? Plutôt que de devoir se faire élire sur son nom, il a pu en toute tranquillité se faire élire sur la liste de son parti. C’est ainsi que depuis plus de 20 ans, il est payé par l’Europe pour représenter le Royaume Uni, sans aucune légitimité personnelle.

Alors que de son propre aveu la grande majorité des lois de son pays proviennent du parlement européen, on aurait pu croire qu’il prendrait sa tâche au sérieux, rejoignant un des groupes influents, tentant de faire passer des lois ou d’améliorer la régulation. Par exemple, défendre les pêcheurs britanniques comme il l’avait promis ? Et bien rien de tout cela, Farage est royalement absent du parlement quand les sessions ne lui permettent pas de passer à la télévision. Il est payé (très cher) par l’Europe, mais il ne sert à rien. Dans 95% des cas, les votes de son parti sont tout simplement ignorés par les autres parlementaires, y compris ceux du même “bord” idéologique que lui.

Mieux, il a détourné près d’un demi million d’euros offerts par son employeur (et donc par le peuple) pour l’aider à améliorer l’Europe dans le but de pousser son pays à en sortir. Quel avantage a-t-il à sortir de l’Union, puisque c’est l’Europe qui le paie ? Et bien c’est simple. Nigel Farage vit en Angleterre, où la monnaie est la livre sterling, et est aujourd’hui à l’âge de la pension. Sa plantureuse retraite de l’Union Européenne lui sera payée en Euro. Son intérêt personnel est donc évident : il faut que la livre perde le plus de valeur possible pour améliorer son confort personnel.

Quand à l’intérêt collectif, c’est une autre histoire.

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