Bienvenue dans votre nouvelle classe sociale : Le précariat

Vous vous croyez encore dans la classe moyenne ? Celle qui peut s’acheter à peu près tout à crédit sans craindre d’être en défaut de paiement ? C’est sans doute déjà fini mais vous ne l’avez pas (encore) remarqué. Bienvenue dans le monde du précariat ! Hein le prékakoi ? Explications

 

Bienvenue à Davos, charmante station de sports d’hiver suisse célèbre pour son Forum International Annuel réservés aux riches et puissants pour décider de l’avenir du Monde, loin des oreilles indiscrètes et hors de tout débat démocratique. Contre toute attente, le conférencier le plus attendu du dernier Forum International, n’était pas Donald Trump, Marc Zuckerberg ou encore un CEO du secteur pétrolier, mais bien un certain Guy Standing, un « écolo-gaucho » comme les riches de droite aiment l’appeler.

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Pourquoi avoir invité ce chercheur quasi inconnu pendant trois jours ? Très simple : Guy Standing, économiste anglais spécialiste du monde du travail, est venu parler des laissés pour compte du libéralisme, non plus seulement le prolétariat, mais le précariat !

 

Qu’est-ce que le précariat?

Voici le nouveau groupe social dont nous faisons partie et qui va tout emporter sur son passage : le précariat. Pour Standing (lien : Le précariat, les dangers d’une nouvelle classe) , le précariat instaure une rupture avec la société que nous connaissons. Il s’agit d’une classe sociale en devenir, dont les rangs sont sans cesse appelés à grossir.

Guy Standing est venu à Davos expliquer aux riches la nouvelle répartition des classes sociales

 

Qui sont les précaires? En premier lieu les salariés intérimaires, à temps partiel, les indépendants et ceux qui exercent toutes formes de travail atypique… Mais la définition du précariat dépasse en fait celle des situations précaires. Les précaires ont en commun d’avoir moins de droits que les précédentes générations et d’être privés d’un ensemble de sécurités qui étaient au centre du contrat social de la société industrielle: sécurité du marché du travail, de l’emploi, du poste occupé, de formation, d’assurance chômage, etc. Selon cette plus large définition, de nombreux salariés peuvent être intégrés au précariat, alors même que le salariat reste largement majoritaire.

Bref, fini l’époque où quelqu’un n’ayant pas fait d’études supérieures pouvait rouler en berline, acheter une maison, consommer, voyager tout en ayant la sécurité de l’emploi.

L’American Way of Life ne sera bientôt plus qu’un “dream” pour la majorité des gens

 

Plus grave, ce déclassement concerne également les gens ayant un diplôme du supérieur. Standing constate que le précariat touche aussi les salariés en apparence «stables», comme les compétences nouvelles qu’il faut sans cesse acquérir et entretenir pour trouver un emploi, l’autodiscipline exigée, la gestion de ses finances et de sa propre personne et tout le «travail» caché qu’il faut effectuer pour obtenir un emploi. Et surtout, ce ne sera plus par la consommation directe de biens (IPhone, écrans plats…) que se définira la situation des gens, mais bien par leur capacité à se soigner, s’éduquer, faire réparer un objet en panne, etc.

Vous l’avez maintenant compris, ce n’est pas par sensibilité sociale que le gratin de Davos s’intéresse subitement à cette nouvelle classe sociale, mais bien parce que c’est vous et moi qui en faisons partie, ceux qui aident les riches à devenir plus riche. Pas seulement en travaillant pour eux, mais aussi parce que nous sommes (de moins en moins) en mesure de consommer les biens et services qui les enrichissent au quotidien.

Et pendant ce temps à Davos…

 

 

Un déclassement dont vous êtes le héros !

Voici probablement un des 3 groupes dans lesquels vous aller vous retrouver :

  • Les travailleurs éduqués en déclassement. Découverts grâce aux mouvements de protestations des places, des Indignés espagnols au mouvement Occupy, il s’agit des jeunes diplômés ou travailleurs qui éprouvent des difficultés à trouver un emploi correct ou bien à finir leurs fins de mois, malgré un emploi stable et rémunéré. L’accès à la propriété ou à un véhicule est de moins en moins envisageable. On peut ajouter à ces travailleurs éduqués les seniors expulsés du marché du travail malgré une belle carrière, car devenus trop chers et impossibles à réinsérer sur la place du travail.

 

  • Les migrants économiques. Selon Guy Standing, «le capital accueille positivement l’immigration puisqu’elle apporte une main-d’œuvre malléable à bas prix. A cause de la flexibilité des marchés du travail et de la porosité des frontières, les salaires baissent énormément. Et si les migrants les acceptent volontiers, les autres les jugent intolérables car ils ont été habitués à un meilleur niveau de vie.» Les migrants, derniers arrivés, ne sont pas forcément à l’écart du marché du travail puisqu’ils prennent en charge des métiers difficiles, mal payés, dédaignés par les nationaux. Cette substitution aboutit à un profond ressentiment des populations autochtones, les 3e sous-groupe dans lequel vous êtes peut-être « rangé ».

 

  • Les travailleurs anciens non ou peu diplômés. Ils doivent toute leur prospérité au « système » précédemment mis en place après la Seconde Guerre Mondiale. Mais ce système n’est plus. Cette classe moyenne inférieure, victime de la mondialisation, est en train de sombrer dans le précariat. Ses membres sont « nostalgiques(s) d’un âge d’or imaginaire, leur chute les fait regarder en arrière. Standing écrit sans illusion que ces groupes sont les plus farouchement opposés à l’immigration».

Les courses au Aldi, un déclassement et une chute violente pour certains

 

Preuve de ce précariat grandissant, l’arrivée au pouvoir d’hommes conservateurs tels Donald Trump aux Etats-Unis ou encore la montée en puissance des mouvements d’extrême droite ou gauche un peu partout en Europe…

 

Crédits photos : Via FlicR et Wikicommons

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