Accusé de corruption ? Les 5 étapes à suivre pour ne pas finir en prison

Avertissement : nous n’accusons ici personne de corruption, c’est le but de la justice. Nous racontons simplement comment certains n’ont pas fini derrière les barreaux, malgré de nombreuses poursuites.

  1. Crier plus fort que ceux qui vous accusent

On vous accuse de corruption ? Quelques petits juges sans importance se permettent de remettre en cause votre probité ?

La meilleure défense c’est d’abord l’attaque. Attaquer peut faire peur aux juges, galvanise vos troupes et, avec un peu d’ingéniosité, permet même parfois de se débarrasser de l’importun. Fouillez dans le passé du juge, étudiez son arbre généalogique. Et n’oubliez pas de vous inviter dans les journaux télévisés et les émissions politiques pour crier au scandale. Appelez vos amis dans les médias et dans la justice, et n’oubliez pas de prendre une carte prépayée sous un nom d’emprunt pour le faire, on n’est jamais trop prudent.


Dans la plupart des cas, il ne sera pas nécessaire de passer à l’étape suivante, le juge sera récusé ou dégouté par vos talents de contre-enquête.

  1. Reconnaître les faits mais prétendre être incompétent

Quand les faits sont impossibles à nier, une solution classique est de prétendre qu’il s’agit d’un grand malentendu, et qu’on n’était tout simplement pas au courant d’être dans l’illégalité, ou qu’on n’avait pas du tout l’intention de faire le mal.

Une belle histoire de ce type nous revient de Belgique. Alain Courtois est élu à la mairie de Bruxelles, en charge des travaux publics. Le genre de politicien qui adore s’occuper de gros contrats peu transparents, comme par exemple la construction d’un nouveau stade de football de 40 000 places à 500m d’un autre stade de football de 40 000 places.  En 2007, cet ancien magistrat organise un grand événement pour la ville. Il décide de faire appel à une société privée pour l’organiser et choisi comme prestataire (sans appel d’offre) une entreprise qu’il a lui même fondé. Conflit d’intérêt ? Corruption ? Pas du tout: il s’en sortira blanc comme neige, indiquant simplement qu’il n’avait aucune intention de commettre quelque chose d’illégal. Comme quoi, un grand sourire, un moment de honte vite passé, et on peut s’éviter bien des soucis.

Le stade Roi Baudouin à Bruxelles. Crédit photo: fdecomite sur flickr
  1. Envoyer son fidèle second payer à sa place

Quand les deux premières techniques sont difficiles à mettre en œuvre, on peut parfois compter sur une vertu rare en politique : la fidélité. Quand quelqu’un en fait preuve, autant en profiter pour le faire payer à votre place quand une condamnation est inéluctable.

La France nous offre un exemple en or en la personne de l’ancien président Jacques Chirac. A l’époque ou celui ci était maire de Paris, cette noble institution avait une fâcheuse tendance à confondre ses propres employés et ceux de la droite française, faisant souvent travailler les premiers au service de la deuxième.

Après de nombreuses années d’enquêtes et par quelque miracle de l’immunité, c’est cependant le fidèle second qui paiera tout. Alain Juppé, alors adjoint au maire, se voit condamner à 18 mois de prison et 1 an d’inéligibilité tout en protégeant son mentor. Quand on a des amis pareils, pourquoi s’en priver ?

  1. Rester au pouvoir le plus longtemps possible et devenir trop vieux pour la prison

Pas de fidèle ami prêt à payer pour vous ? L’amitié n’est plus ce qu’elle était… Pas de découragement pourtant : il suffit souvent de s’accrocher au pouvoir, de laisser du temps au temps et de regarder passer les juges en profitant d’une immunité bien méritée.

Silvio au chant, crédit photo: alebuye sur flickr

Le plus digne représentant de cette technique est probablement l’inénarrable Silvio Berlusconi, qui après de nombreuses enquêtes et procès tant pour corruption que pour affaires de mœurs finira par être condamné à trois ans de prison ferme en 2015, mais s’en sortira en fournissant quelques actions « caritatives ». Qui oserait en effet mettre un vieil homme de plus de 80 ans derrière les barreaux ?

  1. Obtenir un prestigieux poste international

Pas (encore) au sommet de l’Etat mais cerclé par les affaires ? Il reste encore la possibilité de faire appel à l’intérêt supérieur de l’Etat et à l’image du pays à l’étranger. Ce fut récemment le cas de Christine Lagarde. Condamnée pour « néglicence » dans le cadre du « cadeau » d’une bagatelle de 403 millions d’Euro obtenu par Bernard tapie (après pas moins de 17 rencontres à l’Elysée) , la directrice générale du FMI se verra dispensée de peine et confirmée à la tête de la prestigieuse institution.

Attention cependant : cette dernière technique est beaucoup plus difficile à mettre en œuvre quand le délit est commis à l’étranger. Ce n’est pas DSK qui vous dira le contraire, n’ayant pas pu faire appel à la grandeur de la France pour protéger ses intérêts sur l’ile-prison de Rickers Island.

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